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Je ne savoure pas encore cette"faim damnée" - OAKMOON

Cher Père-Noël,

Alors qu’une année s’écoule progressivement et normalement au cours des mois, le temps calendaire semble finir sa course en glissade incontrôlable vers des rituels sociétaux qu’il est comme primordiale de respecter. Je suis alors submergée par un sentiment grandissant d’inconfort. Toute cette organisation qui se propage partout, me plonge dans un état presque second, qui évolue quelque part, entre l’excitation, l’anxiété et la neurasthénie.

Il est difficile de décrire cette confusion saisonnière dans laquelle je barbote depuis fin octobre, mais le plus simple reste encore de me fondre toute entière dans cette tache, la diluer pour mieux la comprendre, en essayant de ne pas trop déteindre sur ton humeur. :)

Afin que tu saisisses cet état dans lequel je me trouve actuellement, je te demande de me suivre pendant que j’effectue un simple trajet traditionnel d’un point A à un point B. Je voyage dans le métro, sous terre, à travers des trous, dans lesquels, il y a de la poussière, des cailloux, des rails et nous par-dessus. À chaque fois que je visite tout ça, je creuse dans mes pensées, et à l’intérieur d’elles, je peux y trouver le reflet d’un sentiment totalement déphasé avec ce que je vois et ce que je ressens. Dans le fracas, des alarmes et du brouhaha collectif qui nous écrase les uns contre les autres, mon corps est l’ habitacle qui m’offre le plus d’espace pour voyager intérieurement.

Mon expédition est entrecoupée par ces moments où nous nous arrêtons sur chaque quai, et à l’approche de ceux-ci, je me sens toujours comme une spectatrice qui découvre un nouveau décor de théâtre. À travers les parois qui me séparent temporairement de ceci, je perçois les silhouettes des protagonistes étendues sur le sol, et mon regard se pose à peine sur ces êtres, qu’il s’attache à ces  » trajet-dies » sans destination. Je suis totalement absorbée de l’intérieur par mon impuissante incapacité à résoudre et à aider véritablement ces humains qui survivent. J’ai souvent l’impression qu’il y a des calques invisibles glissés entre les gens, qui floutent cette insurmontable réalité qui est là, à portée de nos pas…

Tout autour, il y a ces pubs en grands formats, étalées sur les murs et partout où clignent mes paupières l’espace est saturé de messages et d’images insolentes qui tentent désespérément d’apporter un semblant de bonheur matérialiste éphémère et assez superficiel. J’ai l’impression de graviter autour d’un super-marché visuel dans lequel je n’ai pas décidé d’entrer et tant que celui-ci ne se sera pas lui-même résorbé avec le temps, il me sera impossible d’y échapper !

J’ai l’impression que tout Paris déménage ses cadeaux d’une rame à une autre pendant que certains transportent leur vie dans des paquets bien moins jolis. L’habituation n’est pas quelque chose qui me connaît et je peine à regarder tout ça sans y chercher du sens. Toutes ces disparités qui se côtoient forment une pâte d’aberrations qui résiste au pétrissement de mon esprit qui voudrait voir autrement.

Ma solitude m’accompagne dans mes questionnements que je n’évoque presque pas à voix haute pour éviter de plomber l’ambiance, surtout, mais parce qu’à ce jour, je ne fréquente personne d’aussi hyper-sensible que moi et que mes échanges me laissent frustrée et complètement au rebord de ce que je cherche à exprimer maladroitement et sans filtre, car finalement, je ne sais plus communiquer autrement.

Pendant ce temps-là, alors que la fête approche avec ses gros sabots et non pas avec ses petits souliers, je cherche à comprendre où s’est dérobé l’affection que j’avais auparavant pour cette fête autant que pour ces préparatifs.

Je ne suis même plus touchée par le vocabulaire que je trouve enrobé de rubans pompeux qui résonne assez faux. « Offrir  » semble se résumer pour la plupart du temps à  » acheter quelque chose  » et cette façon de faire plaisir, de démontrer son attachement, son amour est à mille lieux de mon idéal. J’ai énormément de chance, car, ceux qui m’aiment me demandent ce que je souhaiterais avoir pour moi au pied du sapin, et je me sens toujours un peu hébétée, car sincèrement, rien ne me fait plus plaisir que d’être avec les gens que j’aime et comme je ne suis pas vraiment matérialiste, je peux être la plus heureuse si l’on m’offre des choses qui n’ont pas forcement de valeur, mais plutôt une charge émotionnelle qui me reliera à la personne qui me l’a offert ou qui me fera vivre une nouvelle expérience. Un mot, une citation, un petit caillou, une jolie feuille ramassée, un beau feutre pour dessiner… Finalement, Père-Noël, je prends conscience peu à peu, que j’ai un rapport assez tribal à l’objet, qui ne colle pas du tout avec la société actuelle et que c’est certainement pour cette raison que je me sens totalement en décalage avec elle actuellement.

Voilà que je suis presque arrivée à destination et dans le souffle de mes petites questions existentielles, je regarde sur le quai d’en face des voyageurs qui semblent perdus depuis toujours. Noël est finalement devenu à mes yeux un symbole d’opulence qui n’est pas donné à tous de vivre, mais je suis reconnaissante et fidèle à son esprit original qui incite à l’amour et au partage. L’espoir qui m’habite cherche à s’éprendre d’un avenir où on se détachera de cette envie de posséder pour se tourner vers quelque chose de plus simple, et plus sincère et que l’envie de partager s’étendra au-delà des cercles des connaissances pour toucher les plus démunis.

Joyeux Noël à tous.

Je suis désolée si le texte est décousu et s’il part en live, il est le résultat de mon exutoire nocturne…;)


Dessin : L’un des plus beaux cadeaux que l’on m’a offert, c’est ce magnifique dessin de « Coeurs dans les airs »  que Gabriel l’un de mes petits neveux à réalisé avec toute la pureté de sa tendresse d’enfant.

Texte : Alicia Ribis

 

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